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Le 24, branle-bas très tôt pour voir les côtes d’EUROPA au soleil levant.... Vision féerique avec une mer particulièrement calme. Habituellement le bateau s’y reprend à deux ou trois fois pour parvenir à s’ancrer. Les fonds sont extrêmement pentus, entre l’avant et l’arrière du bateau il y a plus de 200 m d’écart en profondeur. Cette fois, ça accroche du premier coup ! Cela nous fait gagner au moins une heure, et compte tenu que le débarquement ne peut se faire qu’à marée haute, une heure c’est important. Le créneau du matin est très court car la marée commence à redescendre. Aussi, nous avions demandé faire débarquer un élément précurseur (F5CW et F5JKK) pour prendre contact avec le chef de détachement et pour faire une reconnaissance des lieux. Cela nous ferait gagner du temps sur la deuxième phase. À 7h, Éric saute du zodiac et mouille ses chaussettes ! Puis, ils posent tous deux le pied sur EUROPA. Un premier QSO (contact bilatéral) est fait entre TO4E (à terre) et Freddy - F5IRO (à bord) en VHF afin de conserver un lien et avoir des informations sur la suite des opérations. Nous prenons contact avec le responsable du détachement qui est bien informé de notre arrivée. Puis nous faisons une reconnaissance des lieux pour déterminer où acheminer nos équipements. Dans le bâtiment de MÉTÉO-FRANCE, il y a une station HF avec une antenne losange dirigée vers LA RÉUNION. 400 m plus au Sud, dans les locaux du détachement militaire, il y a aussi une station HF avec une antenne W3HH. Après avoir étudié les diverses utilisations de ces stations, nous savons que la meilleure place sera dans les locaux de la météo, car les vacations sont rares et les fréquences utilisées ne devraient pas poser de problèmes réciproques. Pour notre part, les filtres prévus nous protégeront bien. Les locaux sont grands, il sera facile d’y implanter trois stations. Surtout, nous sommes à moins de 100 m de la mer, et la place pour les antennes verticales bandes basses (inférieures à 4 Mhz) ne manque pas. Lors de notre visite à la station militaire, nous sollicitons de faire des essais en morse et en phonie avec l’équipement professionnel. Un premier contact est réalisé avec une station française (F5TEJ) sur la bande 28 MHz à 08h40 GMT puis viennent 12 autres contacts en télégraphie - oui c’est peu, mais ni Éric ni Dany n’avaient apporté leur PC et le manipulateur était une bonne vieille pioche ! - puis 24 QSO en USB. Nous stoppons assez rapidement après avoir passé l’information à notre station pilote en FRANCE via F5CWU, car le pile-up2 monte et l’équipement n’est pas adapté pour gérer un trafic en diversité de fréquence (split). De plus, les opérateurs professionnels, surpris de nos contacts, semblent inquiets et nous ne voulons pas abuser de la situation... L’émission d’amateur est trop peu connue hélas, et nos performances semblent intriguer.

Photo 4 : La plage de débarquement et l’épave d’un crevettier

Photo 5 : Tortue munie de sa balise ARGOS. Mieux qu’un drone... |
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Vers 13 heures, la marée étant à nouveau favorable, les opérations de débarquement reprennent (photo 4). Une grosse quantité d’eau est livrée en vrac, mais aussi en bouteilles, avec 28 fûts de carburants et des vivres. Trois scientifiques, embarqués à MAYOTTE, sont débarqués. Ils doivent capturer six tortues marines pour les équiper de balises (photo 5) et étudier leurs déplacements après les avoir relâchées près de JUAN DE NOVA et MADAGASCAR. Le restant de notre équipe surveille le transfert de nos équipements... si les colis tombent à l’eau, l’expédition est compromise. Soulagement, les 300 kg arrivent sur la plage, sont entreposés au soleil puis transportés à la main vers nos locaux... ce qui fait faire 200 m dans le sable sous une chaleur écrasante... Il nous faudra quatre allers-retours chacun pour acheminer tous les colis. Pascal (F5PTM) en sera quitte pour un beau coup de soleil. Rapidement nous préparons une table pour la première station et les antennes commencent à sortir des cartons. En fin de journée nous pouvons faire les premiers contacts, 16h08 GMT F5OGL - l’organisateur resté en Métropole - sera le premier contacté sur les équipements de TO4E. Mais, l’équipe est épuisée et l’énergie est stoppée à 20H17. Heureusement, à ce moment là il n’y a que très peu de moustiques mais la chaleur moite de la nuit ne nous permet qu’un repos relatif.
25 novembre. Avant le lever du jour, il faut préparer les six tortues pour l’embarquement. F5IRO et F5CW participent à cette délicate opération. Chaque tortue pèse plus de 150 kg et les trois scientifiques n’auraient pas pu réussir seuls. Une dizaine de personnes du détachement arrivent finalement pour terminer le chargement. Chaque nuit, selon les marées, des dizaines de tortues vertes viennent pondre dans le sable. Au petit matin, le haut des plages ressemble à un champ de bataille. Sous un soleil cuisant nous installons l’antenne directive HB33. Seulement à 7 m du sol, c’est peu mais on ne peut faire mieux (photo 6). La directive 4 éléments 50 MHz DXSR est aussi placée sur un petit mat à 6 m du sol (photo 7) et la balise est activée vers 07h00 GMT. Puis nous tendons les dipôles 18 et 24 MHz en slopper. L’heure est venue de saluer notre bateau, de remercier le commandant et tout l’équipage qui va maintenant prendre la route du retour. En fin de journée, une deuxième station démarre en PSK.
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Le chef de détachement contrôle le carburant débarqué. Hélas, aucune trace des trois fûts commandés. Consternation. Nous lançons une recherche, mais loin de tout, pas facile de comprendre ce qui s’est passé. Les horaires sont donc réduits à un total de 8h30 d’énergie par jour. Toutefois, nous insistons pour disposer de 48 heures afin de participer au championnat du monde avec l’indicatif spécialement attribué TO4WW. Cette participation est un argument majeur qui nous a permis d’obtenir les autorisations auprès de l’EMA.
Les premiers jours sont pénibles. Il faut souvent travailler dehors pour assembler les antennes, dérouler les câbles et les radians, enfoncer les piquets, dresser les mâts. Les consignes sont strictes, il ne faut prendre aucun risque. Il n’y a sur place aucun médecin et très peu de moyens médicaux. Une blessure grave sonnerait la fin de l’expédition. Il nous faut durer et rester en forme.
Les 26 et 27, nous poursuivons l’installation et les essais d’antennes. La TITANEX V40 puis la V80E sont montées au plus près de l’eau. Le soir du 27, les tests sur les bandes basses avec la V80E sont bons mais en réception le QRN (brouillage par des parasites atmosphériques) est épouvantable. Il faut donc monter les antennes spéciales de réception. Une PENNANT est tendue entre les arbres et un dipôle 80 m est installé à seulement 5 m du sol. Le QRN est plus faible sur le dipôle horizontal mais le niveau reste anormalement fort. Nul doute que des orages tropicaux doivent être actifs dans notre région. Cela rend le trafic très difficile sur 80 m et 160 m (respectivement les bandes 3,5 MHz et 1,8 MHz).
Le 28, nous terminons l’installation et les vérifications des antennes. Nous devons être prêts pour le concours. TO4WW doit être actif 48 h et TO4E sera actif en fonction de la disponibilité des opérateurs. Cela permet de profiter au maximum de l’énergie. Trois opérateurs seront affectés au concours, les deux autres seront sur TO4E et pourrons faire de l’assistance. Surprise ! Une navette avion, programmée seulement depuis quelques jours, arrive vers 11h . Mais déception, pas de fûts de gasoil à bord. Cela permet de rencontrer l’officier « île » et de lui demander s’il peut vérifier où se trouvent les fûts commandés. Verbalement il confirme au chef de détachement qu’il faut nous donner l’énergie nécessaire.
Le 29, (02h55 locales) cinq minutes avant le début de concours, le groupe refuse de démarrer. Le temps de comprendre le problème et de basculer sur le deuxième nous fait perdre quinze minutes. Nous serons réellement actifs pendant 46 heures à cause de deux coupures d’énergie, probablement dues à des infiltrations de pluie dans l’installation électrique (photo 8). Dans la nuit du 29 au 30, à 00h16 GMT, alors que la station est sur la bande des 40 m, le ROS de la V80 devient brutalement anormal... L’opérateur hurle pour demander de l’assistance ! Deux zombis, sortis de leur torpeur et équipés de leur lampe frontale, se précipitent dehors pour analyser la situation. Ils découvrent qu’une tortue a décidé de pondre au pied de la verticale. En creusant, elle a arraché quelques radians et déréglé la boite de couplage. Encore une perte de temps... Mais les tortues sont chez elles ! Alors nous décidons, pour les nuits futures, qu’il faudra rouler les fils des radians après chaque fin de trafic et les dérouler le lendemain matin. Soit 6 radians de 40 m et 10 radians de 20 m pour la V80E.
Les piles-up sont monstrueux et des stations s’en plaignent. D’autres se sont plaints que la vitesse en morse était trop grande... Ils ont pourtant tout le temps de s’entraîner, et ils pouvaient aussi trouver TO4E. Finalement nous auront seulement 4 100 contacts dans le log3 TO4WW. Le pari était audacieux depuis une contrée aussi rare. Nous avions choisi la catégorie Multi-Single4. Toutefois, nous n’avons pas chassé les multiplicateurs et nous n’avions aucune aide possible car nous ne disposions ni d’Internet ni des sites web clusters. En conséquence, notre score reste modeste avec comme classement provisoire : 1er Afrique, 25ème Mondial. |
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Photo 6 : Notre antenne directive tri bandes

Photo 7 : Installation, avec Jean-Louis Freddy, d’un Yagi à 4 éléments
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Le 1er décembre, nous retrouvons nos horaires limités. Si les opérateurs qui nous attendent sont frustrés, dans leur fauteuil de velours, ils doivent imaginer ce que cela représente pour nous. Attendre des heures, à s’occuper au mieux, ici il n’y a pas de « pub », pas de télévision (pas d’énergie), pas de shopping, il fait très très chaud, dans l’eau il y a des requins, etc... c’est bien plus qu’une frustration. Le soir, à l’heure du repas, il y a de l’énergie. Aussi, un opérateur récupère les repas auprès du détachement et nous dînons lorsque l’énergie est coupée vers 22h45 locales, à la lumière de nos lampes et d’une bougie. De plus, Pascal est malade, une otite du coté droit le fait souffrir.

Photo 8 : Major PRÉVOSTAT en QSO de nuit sur batteries |
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2 décembre. En fin de journée, le chef de détachement décrète que nous devons réduire les horaires d’énergie. Nous passons à seulement 5h15 par jour. Les contacts pris par Didier (F5OGL) pour trouver une solution sont sans résultats. Nous devons donc réduire le trafic et nous n’avons pas le choix des horaires. Dans notre temps libre, parfois nous parvenons à récupérer de jeunes tortues, juste à la naissance, quand elles sortent du sable. Notre but est de les relâcher la nuit pour éviter qu’elles ne soient toutes dévorées par les frégates et les corbeaux. C’est souvent le gendarme qui donne l’alerte. Nous prenons alors tous les seaux et les gamelles qui nous tombent sous la main pour rejoindre la zone des naissances. Lors de ce séjour, plus de 1000 tortues ont ainsi été remise dans l’eau.... Nous espérons avoir modestement contribué à la sauvegarde de l’espèce.
Nous parvenons à trouver une batterie en état de marche. En la rechargeant sur le groupe pendant 5 heures, nous pourrons avoir une station opérationnelle à des horaires différents et ainsi offrir quelques contacts supplémentaires. Cela nous oblige à réduire la puissance à 20 ou 30 Watts, parfois moins pour ne pas vider trop vite cette vieille batterie. Pascal est descendu jusqu’à moins de 1 Watt, le 15 décembre. Mais aussi, sur 80 m le 12 décembre, juste avant le lever de soleil, Dany est présent en télégraphie afin de faire quelques stations nord-américaines. La puissance est limitée à 70 Watts. Heureusement la V80 fonctionne bien et les signaux sont exploitables. Une apparition dans un créneau horaire non prévu provoque souvent des réactions et plusieurs stations nous ont qualifiés de pirate.
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10 décembre. Nous apprenons que le TRANSALL qui doit venir nous chercher est retardé de deux jours. nous faut faire modifier nos billets d’avion vers PARIS. M. Jacques QUILLET (FR5ZU) sera d’une efficacité exemplaire. Nos billets sont déplacés du 18 au 21 décembre.
Le 12 décembre. Dany prend contact avec les autorités militaires responsables du détachement. Aucun élément nouveau concernant l’énergie. Le commandant en second du 2°RPIMa devait nous rappeler pour nous donner des précisions. Mais la propagation semble avoir été trop mauvaise. Le manque d’énergie provoque la décongélation des aliments surgelés. La chambre froide est en panne depuis le 18 novembre et beaucoup de produits frais ont été périmés. Les premières restrictions de nourriture sont appliquées. Mais nous survivrons. Il y a quelques cocotiers sur EUROPA, du poisson à profusion et quelques chèvres sauvages. Le boulanger fait des merveilles avec peu de moyens, jusqu’au bout nous aurons notre ration de pain quotidien. Le 14 décembre. Nous décidons de démonter l’antenne directive HF. En effet, une dépression tropicale sévère, qui circule dans le canal de MOZAMBIQUE depuis dix jours, se rapproche d’EUROPA. Le 15 décembre, nous démontons la V80 et le YAGI 50 MHz. Le 16, nous poursuivons le démontage et nous commençons le remballage des équipements. L’arrivée de la dépression, devenue un cyclone baptisé CELA, nous inquiète. S’il poursuit sa route, aucun avion ne pourra venir avant plusieurs jours à cause des vents et de l’état de la piste d’atterrissage. Dans la nuit le vent forcit et les pluies sont violentes. CELA est sur nous et des rafales à plus de 120 km/h sont enregistrées. Puis les capteurs météo cessent de fonctionner. L’œil du cyclone arrive vers 12h, grand calme, sans vent, le soleil revient, la chaleur torride envahie l’air. Des milliers de libellules ont été poussées des marais du sud de l’île. Nous préparons la renverse. En effet, dans peu de temps le vent va revenir mais cette fois dans l’autre sens. Il faut donc modifier la configuration des protections disposées sur les portes et les fenêtres. Vers 14h, c’est l’enfer au paradis ! Le vent vient maintenant de l’océan et la végétation de l’île ne nous protège plus. Les observations montrent des rafales à 130 - 140 km/h, l’eau et le sable entrent par tous les joints de portes, de fenêtres, par tous les interstices. Il faut mettre tous les cartons en hauteur et garder le contrôle de la situation. Le lendemain, du sable sera retrouvé collé à deux mètres de haut sous les gouttières. Cette fois, le vent violent parvient à arracher la toiture de la salle à manger et des cuisines. Les personnels du détachement trouvent refuge dans un petit bâtiment et nous préviennent. Pour le moment il est impossible de circuler dehors. Des pierres tapent dans les portes et beaucoup de branches arrachées peuvent devenir des projectiles dangereux. La V40, seule antenne laissée en place, est très résistante. Elle est montée sans haubans et elle se courbe fortement sous les bourrasques. Le soir du 17 décembre, les personnels du détachement militaire nous rejoignent dans le bâtiment Météo. Nous organisons les lieux pour héberger 12 personnes supplémentaires. Seuls le chef de détachement et le chef radio resteront dans leur local qui est intact. Il faut aussi réorganiser des cuisines et improviser une salle à manger. Heureusement que la station principale avait été complètement emballée, cela libérait un peu de place. Le 18. Nous démontons la dernière antenne et nous terminons les emballages. En fin de journée, nous apprenons que notre retour est encore retardé. En effet, les avions n’aiment pas circuler dans les zones cycloniques actives. Le message annonce « peut-être » dimanche 21 décembre... Une fois de plus nous devons faire décaler nos billets vers PARIS. Dany demande qu’ils soient prévus pour le 23 décembre. Une marge qui permet de supporter un éventuel retard supplémentaire.
19 décembre. Pascal suggère de remettre une station en service. C’est une bonne idée car nous tournons en rond et la tension monte. Dany donne le feu vert, on ressort une station et la verticale multibandes. Vers 15h20 GMT, la station peut redémarrer. Une fois encore, les stations qui n’ont pas eu l’information ont cru à un pirate. Le 20 décembre, il faut faire tourner les congélateurs pendant plusieurs heures avant l’arrivée de l’avion. Cela nous permet d’avoir de l’énergie de 11h15 à 19h50 GMT, donc d’être une dernière fois sur l’air et de faire 1 200 contacts de plus.
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